Amputation Partie 2 : vers la pratique moderne

- 16 Avr 2024 -

Les avancées du XIXème

Entre la renaissance et le XIXème siècle, il n’y a pas d’avancée notable sur la technique opératoire et les suites de soins.

Il faut tout de même mentionner les procédés mis au point pour juguler, autant que faire ce peut, les hémorragies. Il ne s’agit plus de se contenter d’une lanière serrée à proximité du site de l’amputation mais bien de tenter de ralentir significativement le flux sanguin. Ainsi Pierre Dionis (1643 – 1718) utilise un garrot à double bâtons. Mais c’est à Jean Louis Petit (1674 – 1750) que l’on doit le tourniquet (présentation à l’académie des sciences le 21 janvier 1718) le plus utilisé dès sa création.

Garrot de Dionys et tourniquet de Larrey

A gauche, garrot de Dionys, à droite tourniquet de Larrey modifié de Gaujot (photos Renner)

Présentation du tourniquet de Petit

Présentation de son tourniquet à l’académie par Petit (document académie des Sciences)

L’amputation était utilisée par les chirurgiens de l’épopée napoléonienne pour prévenir la gangrène qui se serait installée dues aux fractures ouvertes et aux plaies souillées.

Le chirurgien Dominique Larrey (1766 – 1842), était connu et reconnu pour travailler vite et bien ! Sa technique de l’amputation circulaire lui permet d’effectuer 200 amputations en une seule journée (7 septembre 1812) à la bataille de Borodino nommée aussi bataille de la Moskova. Si l’on suppose qu’il a travaillé environ 12 heures (en temps cumulé) cela représente environ 3 minutes par amputation mais c’est sans doute moins car il devait aussi pratiquer d’autres soins. On estime à une minute le temps moyen que D. Larrey consacrait à une amputation… Dans toute sa carrière de chirurgien militaire, il aurait, dit-on, pratiqué plus de 10.000 amputations. Il était aussi partisan de la désarticulation.

Amputation circulaire du bras d'après Larrey

Amputation circulaire du bras

La technique opératoire va encore s’améliorer grâce à un appareil crée par un des chirurgiens de l’armée Napoléonienne, le docteur Pierre François Percy (1754 – 1825). Ce matériel permet de remplacer avantageusement les tissus ou lanières de cuir dont on se servait jusqu’à lors pour tirer les chairs vers la racine du membre. Cet instrument s’appelle un rétracteur de Percy.

Rétracteur de Percy

Rétracteur de Percy (à gauche modèle original, au centre et à droite modèle amélioré de 1903)

Remise de la première légion d'honneur

Napoléon remet la première légion d’honneur à un bi amputé des membres supérieurs (J.B. Debret – détail)

Le soin du patient

Les techniques d’amputation posent deux problématiques : la prise en compte de la douleur et les problèmes de mortalité post opératoire par infection.

La prise en compte de la douleur, même si elle n’est pas totalement négligée les siècles précédents, se développe avec la découverte de l’anesthésie en 1848 par un dentiste, William Thomas Green Morton (1819 – 1868) – nous ferons un blog plus complet sur l’histoire de l’analgésie et de l’anesthésie ultérieurement. L’application de l’anesthésie va donner un élan aux interventions chirurgicales.

La mortalité en cas d’amputation, quant à elle, semble comprise entre 40 et 45% en 1812.

Lorsque l’on évoque le XIXème siècle, on ne peut ignorer deux figures magistrales : Louis Pasteur (1822 – 1895) et Joseph Lister (1827 – 1912).

Joseph Lister et Louis Pasteur, pionniers de l'aseptie

Joseph Lister (à gauche) et Louis Pasteur (à droite)

Le second prend connaissances des travaux du premier, surtout de la théorie des germes (1878). Il comprend que le principe du « pus bonum et laudabile » n’a que trop duré. Dans son « Mémoire sur le principe de l’antisepsie » il salue sans ambiguïté les recherches de Pasteur par cette phrase :

« Quand les recherches de Pasteur eurent montré que l’atmosphère était septique, non à cause de l’oxygène mais du fait d’organismes minuscules qui s’y trouvent en suspension, j’eus l’idée qu’on pouvait éviter la décomposition de régions blessées sans supprimer l’air, en leur appliquant comme pansement une substance capable de détruire la vie des particules flottantes ».

Avec l’usage des solutions de phénol et les aérosols antiseptiques la mortalité diminue pour atteindre 15%. En France le chantre des méthodes de Lister et de l’antisepsie est Lucas Championnière (1843 – 1913) qui mettra au point un appareil afin de diffuser au mieux les solutions de phénol lors des interventions. La mortalité sur les amputations baissera jusqu’à 4.5 % lors de la deuxième guerre mondiale.

L’antisepsie, le lavage des mains, l’asepsie et la stérilisation systématique inclineront vers le bas, la courbe de la mortalité hospitalière, mais ceci est une autre histoire que nous compterons peut-être plus tard.

Bibliographie

S. Callens, « Amputation : un cycle de l’éthique médicale », 2016, CNRS éditions

B. Vesselle, « Amputation et appareillage du membre inférieur pendant la Révolution et l’Empire », 2014, Histoire des sciences médicales, T48, 3, pp 327-338

E. Longin, « Journal des campagnes du baron Percy, chirurgien en chef de la grande armée (1754 – 1825), 1904, Plon

C. Renner, « À propos du tourniquet de Jean-Louis Petit », 2014, Histoire des sciences médicales, T48, 1, pp 125-130

L. Meurer, « Des amputations à lambeaux cutanés », 1887, J. Gallet – Lyon

V.F. Gaillard, « Essai sur l’amputation des membres », 1821, J.G. Tournel – Montpellier

P. Vayre, J.J. Ferrandis, « Dominique LARREY (1766-1842), Chirurgien militaire – Baron d’Empire. Des misères des batailles aux ors des palais », 2004, e-mémoires de l’Académie Nationale de Chirurgie, 3 (1), pp 37-46

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