L’eau de la Reine de Hongrie – première partie

- 3 Mai 2026 -

Bienvenue sur ce nouveau blog dans lequel nous poursuivons notre travail d’investigation sur les idées reçues sur le Moyen Age (voir les précédents volets ici et ) avec une célèbre composition : l’eau de la Reine de Hongrie. On raconte beaucoup de choses sur sa nature, l’origine de sa composition, son utilisation ou encore ses effets. Et si vous voulez en savoir plus, suivez-nous dans ce blog en format enquête, à laquelle les textes historiques viendront apporter de précieux témoignages venus d’un passé… pas si lointain.

Ce blog étant assez fourni, nous l’avons organisé avec quelques lignes de résumé en fin de chaque partie afin de faciliter/accélérer sa consultation. Nous l’avons également séparé en deux parties.

La légende de l’eau de la reine de Hongrie

On trouve souvent cette composition présentée comme suit :

Il s’agirait d’un parfum, le premier parfum floral composé à base d’alcool, dont la recette aurait été révélée en 1370 par un hermite (ou un ange ?) à la reine Elisabeth de Hongrie. Alors âgée de 72 ans, cette reine infirme et affectée de goutte, aurait été non seulement guérie, mais aurait aussi recouvré la jeunesse par l’utilisation de cette composition aux effets quasi-miraculeux. Elle aurait tellement rajeuni par cette eau, que le jeune roi de Pologne lui aurait demandé sa main, ce qu’elle aurait refusé (par amour de Jésus Christ ou pour ne pas offenser son ange ; les raisons varient). Cette eau aurait aussi été offerte au « roi Charles », souvent identifié comme Charles V le Sage (1338-1380).

L’eau de la reine de Hongrie serait apparentée aux travaux du médecin médiéval Arnaud de Villeneuve (v1235-1311). Adepte de la distillation et de son utilisation pour le soin des maladies, ce serait lui qui aurait le premier composé et promu l’utilisation d’un alcool de romarin comme une eau de jouvence. Dans certains cas, on précise que l’origine médiévale de la composition serait aussi confirmée par la présence d’une recette de ladite eau dans les écrits d’Albert le Grand (v1196-1280).

L’ensemble, repris et répété à l’envie sans référence à des sources historiques solides, par des auteurs de seconde main, confirme qu’en matière d’histoire des sciences « il est plus facile d’admettre une opinion que de chercher une vérité » (Emmanuel Lalande dit Marc Haven 1868-1926).

Attachons-nous donc à démêler le vrai du faux en ce qui concerne cette préparation. Commençons par examiner les premières pièces du puzzle.

D’où vient cette recette ?

La recette d’origine

La première mention de cette « eau de la Reine de Hongrie », nom raccourci parfois en « eau de Hongrie », se trouve dans un ouvrage anonyme publié à Paris chez Jean-Baptiste Loyson en 1660 (seconde édition chez le même éditeur en 1669). Ces « Nouveaux secrets rares et curieux donnez charitablement au public par une personne de Condition » ne portent aucun nom d’auteur et on les attribue au signataire de la préface, un certain P(ierre ?) Erresalde, qui est probablement un nom d’emprunt.

Description de l'eau de Hongrie en 1669

Seconde édition des nouveaux secrets

Nous reviendrons plus bas sur la « justification » historique de l’origine de la recette et sur ses utilisations médicales. Concentrons nous dans un premier temps sur la recette pour fabriquer cette composition. Les deux éditions comportent les mêmes informations et décrivent le distillat d’un macérat d’alcool et d’essence de fleurs Romarin :

« De l’eau de vie distillée quatre fois, la quantité de trente onces & vingt onces d’escence de fleur de romarin, que l’on mettra tout ensemble dans un vase bien bouché l’espace de cinquante heures, & puis mettez le tout dans l’alambic pour faire distiller au bain Marie. »

Description de l'eau de Hongrie dans l'édition de 1669

Description de l’eau de la Reine de Hongrie en 1669.

La recette originale utilise une essence de fleur de romarin qui correspond, dans la littérature du XVIIème (Jean Beguin (v1550-1620), Nicolas Lemery (1645-1715), Christophe Glaser (1629-v1672)…), à un principe odorant concentré, souvent huileux. L’ouvrage original ne donnant pas d’indication sur la préparation sur cette essence, nous sommes conduits à penser qu’il s’agit d’un premier distillat de fleurs de romarin (une eau florale, avec une fraction plus ou moins importante d’huile essentielle). L’eau de vie distillée 4 fois fourni un support alcoolique purifié (possiblement un alcool proche de 90°). Sa macération avec l’essence de romarin permet de dissoudre complètement les principes aromatiques dans l’alcool, liant « l’âme » végétale avec « l’esprit » du vin. La distillation douce (au bain Marie) qui suit, permet d’obtenir un esprit de vin « rectifié » (purifié par la distillation) imprégné par l’essence de romarin.

Ce type de préparation est caractéristique de la iatrochimie apparue avec Paracelse (1493-1541) à la Renaissance et des préparations spagiriques associées, qui consistent à purifier des composants pour ensuite les rassembler dans les médicaments (ici, purification de l’alcool et du romarin, puis assemblage et purification finale).

Portrait de Paracelse

Portrait de Paracelse (Philosophiae magnae Paracelsi – 1567).

Reprises de la recette et variantes

Après cette première publication, on retrouve la recette citée et modifiée chez plusieurs auteurs contemporains.

Christophe Glaser, apothicaire Suisse pratiquant à Paris (où il tient une chaire de Chimie dans les jardins du roi de 1660 à 1671) donne une recette simplifiée dans son traité de chimie de 1663. La macération des fleurs de romarin se fait directement dans l’esprit de vin, sans distillation préalable :

« Prenez deux livres de fleurs de Romarin cueillies en un temps sec & le matin, & les mettez dans une cucurbite, & versez par-dessus trois livres de bon esprit de vin, couvrez la cucurbite d’un alambic aveugle, lutez-en bien les jointures , & la mettez à digérer au bain vaporeux par une chaleur lente durant vingt-quatre heures, ou bien au Soleil durant trois jours, puis ôtez l’alambic aveugle, & mettez à sa place un alambic à bec, lutez-en bien les jointures, & distillez au bain Marie tout ce qui pourra monter, & vous aurez une eau très excellente »

Le schéma ci-dessous donne les principes d’utilisation de l’alambic tel qu’évoqué par Glaser.

La cucurbite reçoit les liquides à distiller, le lut est un mélange (communément eau et farine / glaise et sable / argile et fiente de cheval / farine de froment, blanc d’œuf et papier…) utilisé pour rendre hermétique le montage de l’appareil et ne pas perdre de produit pendant la distillation. La cloche de distillation ou chapiteau, maintenue froide, permet de condenser les vapeurs et le bec de décharge permet de les évacuer hors de l’appareil. Le texte de Glaser mentionne un alambic aveugle qui est un chapiteau fermé, dépourvu de bec de décharge.

Schéma de fonctionnement d'un alambic (repris de N. Thomas - INRAP - , 2020)

Schéma de fonctionnement d’un alambic (repris de N. Thomas – INRAP – , 2020).

Autre auteur à avoir livré sa, ou plutôt ses, versions de la fabrication de l’eau de la Reine de Hongrie : Nicolas Lemery. Lemery est l’un des apothicaires les plus reconnus de son temps avec Moyse Charras (1619-1698). A travers ses nombreuses rééditions, sa pharmacopée sert de référence, à l’instar de celle de Charras, bien au-delà du XVIIème siècle.

Dans son cours de chymie édité pour la première fois en 1675 (et lui aussi republié de nombreuses fois jusque pendant le XVIIIème siècle), il propose deux façons de préparer l’eau de Hongrie. La première rejoint la recette de Glaser : trois jours de « digestion » d’un mélange d’esprit de vin et de fleurs de romarin au bain Marie, suivis d’une distillation sur un feu « assez fort » dit-il afin de ne pas séparer l’alcool et les arômes de romarin. La seconde est plus innovante et il nomme la technique « eau de la Reyne de Hongrie sur le champ ». Il s’agit dans ce cas de mélanger quelques gouttes d’huile ou d’essence de romarin dans de l’esprit de vin. Là encore, la formule suit les principes de médecine spagirique en préparant un remède à partir d’ingrédients purifiés.

Portrait de Nicolas Lemery

Portrait de Nicolas Lemery du dictionnaire universel des drogues simples (ed. 1733).

Lorsque la composition entre dans le codex de pharmacie parisien (l’ouvrage officiel listant les remèdes autorisés à Paris et les façons de les préparer), en 1732 (elle est absente des éditions de 1638 et 1645), la recette retenue est proche de celle de Glaser : infusion de fleurs de romarin dans de l’esprit de vin rectifié pendant 15 jours puis distillation au bain Marie. L’édition suivante du codex parisien, en 1748, raccourcit la période de macération à 6 jours qui ne varie plus ensuite.

Recette de l'eau de la Reine de Hongrie dans le codex parisien de 1748

Recette de l’eau de la Reine de Hongrie dans le codex parisien de 1748.

Une précision pour terminer, qui a son importance, nous vient d’un texte de l’abbé Rousseau (1643-1694), préparateur au Louvre sous le règne de Louis XIV (voir plus bas).

Secrets et remèdes éprouvés de l'Abbé Rousseau (1697)

Secrets et remèdes éprouvés de l’Abbé Rousseau (1697).

Dans son livre publié de façon posthume en 1697, il précise que l’esprit de vin utilisé pour préparer l’eau de Hongrie doit être tiré non pas de vin de raisin, mais de vin de romarin fermenté avec du miel :

« C’est le mistere que l’Inventeur [de la recette] a caché en ordonnant une simple infusion de fleurs de Romarin dans de l’esprit de vin ; il faut entendre de l’esprit de vin de Romarin, comme le véritable dissolvant naturel & homogène de ses fleurs propres , dont il tire l’essence qu’il s’unit intimement; & d’une maniere bien plus parfaite que le simple esprit de vin ordinaire, qui n’est pas de la même espece, & qui par consequent en affoiblit la Nature specificative : Laquelle au contraire est fortifiée par l’esprit de vin de la même plante qui fait la meilleure partie du Remede »

Ce point mérite d’être souligné car il a probablement influencé le rapprochement entre eau de la Reine de Hongrie et le médecin médiéval Arnaud de Villeneuve. On attribue en effet à ce praticien, à tort, la paternité du « de vinis« , un livre sur le vin et les préparations qu’on peut en faire (notamment en médecine) lequel contient précisément la recette du vin de Romarin (voir plus bas).

En résumé, nous avons donc à faire à une préparation décrite sous le nom d’Eau de la Reine de Hongrie à partir de 1660. Elle est ultérieurement reprise par plusieurs auteurs (dont la faculté de médecine Parisienne), avec quelques variations. Le principe de la préparation est une distillation, le plus souvent douce (bain Marie), d’un mélange d’alcool et de romarin. Ce dernier est apporté sous forme de fleurs ou d’un distillat préalable. Au moins une préparation plus rapide existe par mélange d’alcool et d’huile ou d’essence de romarin. L’ensemble des recettes évoquent un remède de iatrochimie typique de la médecine spagyrique telle que décrite à partir de la Renaissance.

Parfum ou remède : de quoi parle-t-on ?

L’eau de la Reine de Hongrie est fréquemment présentée, à tort, comme un parfum (le premier parfum hydro-alcoolique Occidental lorsque l’on retient la date de création de 1370). L’examen des sources montre au contraire qu’elle est avant tout une composition à destination médicale. L’usage en est interne et externe. Elle ne constitue en aucun cas pas une recette cosmétique ou d’assainissement (voir notre précédent blog sur le vinaigre des 4 voleurs et l’odeur qui protège du malsain). On l’associe pourtant, au XVIIème, au métier d’apothicaire parfumeur avec un lien évident avec la ville de Montpellier (voir plus bas). Si cette association a pu être à l’origine de la méprise entre « eau de la Reine de Hongrie » et parfum, il faut y voir principalement la reconnaissance d’une maîtrise des opérations d’extraction d’essences odoriférantes à partir de plantes méditerranéennes par distillation.

L’ouvrage de 1660 où elle est décrite en premier (Nouveaux secrets rares et curieux…) et sa réédition de 1669 ne contiennent aucun parfum. Ils présentent dans une première partie des remèdes pour des affections diverses (226 entrées – tous les comptages sont de l’édition de 1669, plus étendue que celle de 1660). Le livre présente aussi des recettes de cosmétologie dans lesquelles figurent de nombreuses « eaux de… » (28 entrées, essentiellement pour embellir le visage, lui ôter ses taches, faire de belles mains ou une belle carnation), des recettes d’eaux diverses à base uniquement aqueuse, quasi exclusivement végétales (23 sur 24 entrées – dont une eau de romarin aux multiples usages médicaux), des recettes contre la peste (9) et enfin des compositions utilisables en obstétrique (6).

L’eau de la reine de Hongrie est placée au début de la partie sur les remèdes à utilisation médicale et le texte précise le périmètre d’utilisation :

« L’on en prendra une fois la sepmaine le poids d’une dragme, dans le boire ou dans le manger : Il s’en faut laver la face tous les matins & cela emportera le mal des membres infirmes. Ce remede renouvelle les mouelles, fortifie les esprits vifs en leur naturelle operation, restituë la veuë [= la vue] et la conserve. »

Fourneaux utilisés en distillation tirés de la chymie de Glaser

Fourneaux utilisés en distillation tirés de la chymie de Glaser (ed. 1672).

Glaser en 1663, décrit à la fois un périmètre d’application beaucoup plus large (cerveau et céphalées, appareil digestif, oreilles, paralysie, apoplexie, goutte, rhumatismes, brulures, problèmes cardiaques, et plus généralement fortifiant) et des méthodes d’administration diversifiées (ingestion, prise par le nez, application/fomentation). Il mentionne au passage que ce remède est déjà considéré comme très connu :

« Et quoi que ses vertus soient assez connues, nous en dirons les principales, qui sont de fortifier le cerveau, tant prise par la bouche que tirée par le nez, & en frottant les temples & sutures ; de fortifier l’estomac, aider à la digestion, dissiper les coliques, & en préserver en prenant une demie cuillerée dans quelques cuillerées de bouillon tiède, & en continuant l’usage durant quelques jours, ou du moins deux fois la semaine : On s’en sert ainsi contre la surdité ou bruit des oreilles, tant par la bouche que tirée par le nez, & mise dans les oreilles avec du coton ; comme aussi pour les douleurs de tête, pour toutes contusions, tant externes que pénétrantes jusqu’à l’intérieur, en en prenant comme dessus, & s’en frottant extérieurement. Elle est aussi très propre pour les paralysies, apoplexies, gouttes & douleurs froides, pour toutes brûlures, défaillances & palpitations de cœur, tant intérieurement, qu’appliquée sur l’estomac avec des rosties imbibées d’icelle, & est généralement propre en toutes occasions où il est nécessaire d’échauffer, fortifier, éveiller & conserver la chaleur naturelle. »

Moyse Charras, dans sa pharmacopée royale galénique et chimique (dès la première édition de 1676), décrit approximativement les mêmes applications que Glaser. Il mentionne à son sujet que cette composition a « grande réputation » et qu’on en fait « grand débit […] à Paris depuis plusieurs années » au point que des préparations de mauvaise qualité sont réalisées dans les provinces par appât du gain.

Lemery, dans son traité de chymie de 1675, reprend des éléments des « Nouveaux secrets », et étoffe/précise la liste des applications possibles :

« Elle est bonne dans la Paralisie, la Lethargie, l’Apoplexie, & les Maladies hystericques : La dose est depuis une drachme jusqu’à deux. On s’en sert aussi exterieurement pour la Brûleure, pour les Tumeurs, ou les Douleurs froides, Contusions, Paralisie, & pour toutes les occasions où il faut réveiller les Esprits. Les Dames en mettent environ demie-once, sur six onces d’Eau de Lys ou de fleur de Fèves, & elles s’en lavent pour décrasser le visage. […] L’Eau de la Reyne de Hongrie fait à peu près les mesmes effets que l’Esprit de vin, mais avec plus de force. »

La description des applications de l’esprit de vin sont en effet quasi identiques.

En résumé, l’eau de Hongrie est donc un remède, aux propriétés essentiellement fortifiantes et régénératrices. Il n’a en aucun cas été créé comme un parfum bien que ses techniques de production se rapproche des techniques d’extraction des parfumeurs. La « fable » de la Reine de Hongrie âgée et goutteuse, rajeunie par l’usage de cette préparation, vient illustrer et appuyer ces effets présumés. Nous y reviendrons plus bas.

Une spécialité qui gagne en popularité

A la cour de Louis XIV, l’eau de Hongrie devient vite une médication extrêmement populaire. Contribuant grandement à sa notoriété, le roi lui-même en use pour ses soins particuliers (plusieurs mentions en 1675, 1678…). L’abbé Rousseau, par exemple, rapporte en 1697 :

« C’est de cette même essence de Romarin ou véritable Eau de la Reine de Hongrie, dont le Roy voulut bien se servir & rendre témoignage du succez & du foulagement que Sa Majesté en reçût dans un Rhumatisme qui luy occupoit l’épaule & le bras, du tems, qu’Elle nous fit l’honneur à mon confrere & à moy de nous établir au Louvre pour faire toutes ces expériences. »

Le même abbé rapporte, avec un certain enthousiasme, comment cette composition est à même de combattre la gangrène et possède un pouvoir fluidifiant, en particulier sur le sang.

« Pour les Ulceres putrides & pour les Gangraines , aussi-bien que pour les contusions tant profondes foient elle; mon Eau de la Reyne de Hongrie fait une espece de miracle , les etuvant [= laver en appuyant doucement, souvent sur une plaie] plusieurs fois le jour un tems un peu considerable; afin de faire penetrer son action; car toute la pourriture & la gangraine tombe en vingt-quatre heures , & les contusions se dissipent , sans aller jamais à supuration: on aura même peine à croire que le sang extravasé [= diffusé] sous le crâne, par quelque coup ou quelque grande chute se tienne toujours fluide, sans jamais se coaguler , & coule par le nez, par les yeux et par les oreilles ; pourvu que dans les premières vingt-quatre heures aprés le coup ou la chûte, on s’en bassine bien toute la tete, après s’être rase; réitérant de deux en deux heures. D’où l’on, voit quelle resolution admirable ce Simple est capable de faire, même du sang coagulé dans une extravasion [= répandu hors des veines et artères]. Il est vray que l’Huile essentielle ou etherée de Romarin fait seule aussi le même effet ; mais encore bien mieux, si elle est dissoute [à] poids égal dans l’essence tres-rectifiée [c’est à dire dans l’eau de Hongrie]. »

A travers les différents auteurs qui ont écrit à son sujet, on constate donc des préconisations d’utilisation médicales variées pour l’eau de Hongrie, mais qui, petit à petit, font que cette eau s’apparente de plus en plus à une sorte de panacée aux effets, entre autres, toniques et régénérants.

En 1732, la faculté de Paris fait entrer l’eau de Hongrie dans le codex parisien. C’est une reconnaissance officielle de son efficacité médicale supposée par les praticiens de la capitale. C’est peut-être aussi un moyen de s’assurer de la qualité d’un remède devenu très populaire, en « fixant » une recette officielle. Le codex ne comporte pour autant aucune indication sur ses effets attendus ; son rôle est en effet uniquement de décrire les remèdes autorisés pour Paris avec le moyen de les fabriquer.

Quoi qu’il en soit, l’enthousiasme croit pour cette composition, à l’image par exemple de cette lettre de Madame de Sévigné qui en octobre 1675 écrit à son propos :

« Elle est divine, je vous en remercie encore. Je m’en enivre tous les jours ; j’en ai dans ma poche. C’est une folie comme le tabac: quand on y est accoutumée, on ne peut plus s’en passer. Je la trouve bonne contre la tristesse. »

Signe de sa popularité, on en retrouve aussi trace dans des écrits non médicaux. Par exemple Charles Perrault (1628-1703) la mentionne, dans sa version de la Belle au bois dormant publiée en 1697. Comptant sur son incroyable efficacité comme médication/panacée, l’eau de la Reine de Hongrie est utilisée pour tenter de sortir l’héroïne de sa torpeur :

« Elle n’eut pas plus tôt pris le fuseau, que comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d’ailleurs l’Arrêt des Fées l’ordonnait ainsi, elle s’en perça la main, et tomba évanouie. La bonne vieille, bien embarrassée, crie au secours : on vient de tous côtés, on jette de l’eau au visage de la Princesse, on la délace, on lui frappe dans les mains, on lui frotte les tempes avec de l’eau de la Reine de Hongrie; mais rien ne la faisait revenir. »

Charles Perrault et son manuscrit de le Belle au bois dormant (1695)

Charles Perrault et son manuscrit de le Belle au bois dormant (1695)

En résumé, l’eau de la Reine de Hongrie croit rapidement en popularité au cours du XVIIème siècle, notamment grâce à son usage à la cour et par la noblesse. Gagnant progressivement la réputation d’une panacée dans l’imaginaire populaire, l’eau de Hongrie devient une « référence » au point d’être évoquée dans des œuvres romanesques, loin de la sphère purement médicale.

Le commerce de l’eau de la Reine de Hongrie et Montpellier

Comme évoqué plus haut par Charras, et compte tenu de la popularité de cette médication, l’eau de la Reine de Hongrie fait l’objet d’un commerce que l’on devine lucratif. Plusieurs noms de fabricants et distributeurs nous sont connus, à travers des décisions diverses (arrêts administratifs, actions en justice) ou des documents « publicitaires ».

Montpellier : apothicaires et parfumeurs

Montpellier est au centre de ce commerce. La ville est à cette époque réputée pour ses productions d’eaux parfumées à base de plantes odoriférantes. L’activité d’extraction exploite la richesse de la flore aromatique de la garrigue et de produits d’outremer, importés dès le Moyen Age par les ports d’Aigues-Mortes et de Lattes, puis (à cause de l’ensablement autour d’Aigues-Mortes) de Marseille, Beaucaire et Sète (ce dernier port, seulement à partir de fin XVIIème). Malgré la crise morale et économique, conséquence des guerres de religion (la ville, réformiste, est assiégée par Louis XIII en 1622, laissant beaucoup de bâtiments ruinés, les faubourgs rasés et stoppant le commerce), Montpellier reconstruit son économie et ses moyens de production. Elle regagne une prospérité certaine au cours du XVIIème siècle.

La ville possède à cette période une communauté d’apothicaires établie de longue date et très active dans la cité. Très structuré, le métier possède des statuts (refondus en 1572 – création du « collège » d’apothicairerie rattaché à l’Université de Médecine et séparé des épiciers) et depuis 1597 bénéficie d’une chaire de chirurgie et pharmacie créée par Henry IV (1553-1610) avec un jardin associé. Elle possède dès 1579 une pharmacopée propre en remplacement de l’Antidotaire Nicolas (Pharmacopoea Monspeliensis de Laurent Joubert – rééditions en 1581, 1588, 1592). Cette pharmacopée est remplacée en 1663 par le commentaire de la pharmacopée de Bauderon par François Verny (rééditions en 1672, 1681 et 1693). Nicolas Lemery, dont nous avons déjà parlé, étudie à Montpellier de 1668 à 1671. Louis XIV règlemente le collège des apothicaires en 1675 dans la dynamique générale de révision des statuts corporatistes.

La réputation de Montpellier dans le domaine des préparations de substances odoriférantes, a sans doute été facilitée par un effet de brassage culturel. Celui-ci est lié à la fois à son positionnement géographique, ouvert sur la Méditerranée (en particulier, pour le commerce au Moyen Age, Alexandrie et les états latins d’Orient, avec notamment la bulle de 1366 d’Urbain V (1310-1370, pape en 1362) autorisant des « nefs absoutes » pour commercer avec Alexandrie), et à une certaine bienveillance vis à vis des ressortissants de cultures étrangères. Ce point s’inscrit, pour les sciences de la santé, dans la continuité de l’université de médecine créée au XIIIème siècle, organisant une pratique médicale méditerranéenne, multi confessionnelle, déjà présente au XIIème (1220 : statuts de « l’Universitas medicorum, tam doctorum quam discipulorum » par le légat du pape Honorius III (1148-1227, pape en 1216), Conrad d’Urach (1180-1227) ; 1289 : constitution apostolique « Quia Sapientia » par le pape Nicolas IV (1227-1292, pape en 1288) réunissant les écoles de médecine, de droit et des arts dans un « Studium generale« ).

Détail de la bulle papale de 1289

Détail de la bulle papale de 1289

Nous reviendrons plus loin sur l’histoire de la distillation et de son appareillage. Néanmoins l’arrivée et l’intégration dans le midi de la France (Languedoc/Montpellier) de populations juives déplacées depuis l’Espagne et le Portugal (« Marranes » ou « Conversos » en Espagnol), durant la dernière décade du XVème siècle, a probablement contribué à diffuser les connaissances et les pratiques des pays de langue arabe dont celles de l’extraction par distillation. Des milieux marranes sont documentées dans cet espace géographique dès le début du XVIème siècle parmi lesquels des marchands de drogues/apothicaires et des médecins.

Apothicaires et distillation

On peut illustrer la montée en compétence des apothicaires Montpelliérains dans le domaine de la distillation et des préparations des eaux parfumées, à travers l’évolution du sujet dans les documents de référence de la profession. Dans les pharmacopées Montpelliéraines, la distillation et le romarin n’apparaissent initialement que marginalement. La pharmacopée de Joubert (ed. 1588) ne cite la fleur de romarin que pour la fabrication d’une huile (réputée « chaude ») et comme un des nombreux composants d’une poudre parfumée sans indication d’utilisation pour l’une ou l’autre préparation. La distillation n’est évoquée que sommairement dans la préparation de certaines huiles.

Mention de la distillation dans la pharmacopée de Joubert

Mention de la distillation dans la pharmacopée de Joubert (ed. 1588)

Au contraire, soixante ans plus tard, la pharmacopée de Bauderon (ed. 1650 – avant même le commentaire de François Verny) consacre une importante partie exclusivement aux préparations par distillation (« Traicte des eaux distillees, qu’un Apothicaire doit tenir en sa boutique » par Laurens Catelan, Maistre Apothicaire à Montpellier). Cette section donne des explications précises sur la préparation d’eau de vie, la distillation de macérats alcooliques et la distillation au bain Marie telle que décrit dans les « Nouveaux secrets rares et curieux… ». L’auteur renvoie à plusieurs reprises le lecteur curieux à des auteurs antérieurs tels que Pietro Andrea Mattioli (1501-1578) ou Bernhard Dessen von Cronenburg (1509–1574). Pour l’extraction des huiles et essences « des bois, escorces, fleurs & graines, & autres choses chaudes, comme de canelle sauvage, rosmarin, d’escorce d’orange, d’anis, fenouïl & semblables » Laurent Catelan (v1568-1647) renvoie aux praticiens expérimentateurs Liebaut et Baptista Porta.

Liebaut est probablement Jean Liébault (1535–1596) qui a repris et complété l’oeuvre de son beau-père Charles Estienne (1504-1564). L’ouvrage intitulé « L’agriculture et maison rustique » publié en 1564 puis plusieurs fois rééditée, contient des informations sur les appareils et techniques de diverses distillations, dont la préparation d’esprit de romarin à partir de vin blanc de romarin.

Divers appareils de distillation d'après Estienne et Liebault (1564)

Divers appareils de distillation d’après Estienne et Liebault (1564).

Baptista Porta est Giambattista della Porta (1535-1615), auteur de la « Magia naturalis » (1558 puis rééditions), qui contient de nombreuses informations sur les distillations, et du « De Distillatione Libri IX » publié en 1608 comme une extension du livre X de la Magie naturelle (celui sur la distillation). Ce livre devient une référence sur le sujet. Il comporte notamment une recette d’extraction d’huile de romarin.

Catherine de Medicis et la popularisation des parfums

Il est légitime de se demander d’où vient cet intérêt pour l’isolement et la purification d’extraits de plantes aromatiques sous différentes formes (aqueuses, lipidiques, alcooliques) ? Une première réponse tient dans le développement de la médecine « chymique » et la préparation de médecines spagiriques (fractionner, purifier pour assembler de médecines) que nous avons mentionné précédemment. Un second point de réponse tient dans le développement de la mode italienne des parfums importée par Catherine de Médicis (1519-1589), future épouse d’Henri II (1519-1559) lors de son arrivée en France en 1533. Nous avions déjà mentionné ce point dans notre blog à propos de l’exposition « Léonard de Vinci et les parfums de la Renaissance » et l’arte profumatoria (art de la parfumerie).

Catherine de Médicis

Catherine de Médicis par l’atelier Corneille de Lyon (1536).

La princesse, originaire de Florence, apporte une culture des parfums et des objets parfumés qui conquiert rapidement les usages de la cour et des couches aisées de la population. Elle est pleinement implantée aux XVII-XVIIIème siècles. Elle se traduit à travers plusieurs aspects de la vie quotidienne : toilette avec des parfums portés (liquides, poudres), des cuirs parfumés ou « peaux de senteur » (notamment des gants) dont l’odeur laissée par le tannage est masquée avec des graisses au musc, civette, ambre gris, rose (et au XVIIème, avec l’évolution des goût vers des senteurs végétales moins lourdes, jasmin ou tubéreuse – elles feront le renom de la ville de Grasse), intérieurs avec des brûles parfum (brasiers, cassolettes – terme attesté dès 1524) pour des préparations liquides ou solides (par exemple le célèbre oiseau de Chypres) ou encore des pots-pourris (coussins/coussinets de senteurs ou céramique à partir du XVIIème).

Boutique de René le Florentin à Paris

Boutique de René le Florentin à Paris (livre des parfums – 1870).

Lors de son arrivée à la cour de France, Catherine de Médicis se fait accompagner de son parfumeur personnel Renato Bianco (?-1578) qui est bientôt connu sous le nom de « René le Florentin » ou de « Maitre René ». Formé auprès des frères dominicains de Santa Maria Novella, il compose pour le futur époux de Catherine de Médicis, un assemblage hydro alcoolique nommé « Acqua della Regina » (eau de la Reine) comprenant des agrumes italiens, de l’essence de fleur d’oranger (neroli), du romarin, des clous de girofle, de la lavande et du musc.

Bien que la recette de Bianco et celle d’Erresalde ne répondent pas au même usage (le premier est un assemblage complexe pour un parfum, le second un extrait de simple à usage thérapeutique), il est difficile de ne pas noter des parallèles entre les deux compositions : le nom « eau de la reine » vs « eau de la reine de Hongrie », la nature hydro alcoolique comprenant du romarin, enfin la présentation de l’eau de Hongrie dans les « Nouveaux secrets rares et curieux… » qui, de façon inattendue pour une reine de Hongrie utilise un titre italien (donna) et la version italienne du prénom (Isabelle au lieu d’Elisabeth) :

« En la Cité de Bude au Royaume de Hongrie du 12 Octobre 1652 s’est trouvé escrit la presente Recepte dans un breviaire de la Seressime Donna YZabelle Reyne dudit Royaume. Moy, Donna YZabelle Reyne de Hongrie […] ».

Il faut vraisemblablement y voir une volonté de donner à la composition une couleur « italienne » à des fins purement commerciales.

Le commerce de l’eau de la Reine de Hongrie

La production d’eau de Hongrie est attestée chez des apothicaires et des chimistes et on trouve des prospectus publicitaires qui en témoignent.

Typique de cette production, mentionnons la publicité du sieur Jean Fargeon (1628-1718), « Maistre Apoticaire Juré, & Parfumeur de S.A.R. Mademoiselle » (Mademoiselle d’Orléans (1627-1693), dite « La Grande Mademoiselle », duchesse de Montpensier et fille de Gaston d’Orléans (1608-1660) lui-même oncle du roi Louis XIV).

Le titre de Fargeon « apothicaire-parfumeur » (précisément « apothicaire-parfumeur commensal du roi« ) est intéressant car il montre un « corps de communauté » privilégié attaché à une personne royale et dotée de statuts propres. Ses membres ont notamment le droit d’ouvrir boutique sans nouvel examen ni taxe. Entre 1595 et 1715, on en compte 5 autres : Jérôme Périer (?-1636), Jacques Brousson (1617-1668), Etienne Brousson (?-?), Laurent Bosc (1624-1691), Sébastien Matte la Faveur (1626-1718). On observe ici la dualité entre un professionnel de santé (apothicaire) et un spécialiste des opérations de parfumerie dont nous avons déjà parlé.

Edité en 1668, le « Catalogue des marchandises rares, curieuses et particulières qui se font et débitent à Montpellier concernant la sante, les parfums et les embellisements » est un petit livret de 32 pages organisé en 4 sections : compositions concernant ce qui est pour la santé (confections à usage médical), parfums (eaux, cassolettes, articles divers parfumées des coussins aux peaux de senteur…), embellissements (quelques eaux et des articles de cosmétique), emplacements remarquables (une sorte de guide touristique). L’eau de Hongrie est citée dans les médicaments avec des indications analogues à celles vues précédemment. Notons que l’effet supposé de rajeunissement est mis en avant :

« Sur tout elle est bonne pour les vieillards, si bien qu’on tient pour certain que l’usage de cette eau fait rajeunir, mesme plusieurs en usent pour l’effet de la generation ».

Publicité de Fargeon (1668)

Publicité de Fargeon (1668).

Autre publicité, datée de 1684 : celle du sieur Jean-Baptiste Daumont (?-?), apothicaire parisien et fournisseur attitré de la cour. Ayant boutique à Paris à l’enseigne du « Messager de Montpellier » il a le privilège, obtenu du premier médecin de sa majesté Antoine d’Aquin (v1629-1696), de commercialiser l’eau de Hongrie. Son prospectus, un simple recto-verso, décrit les différentes applications de l’eau comme remède. Comme Fargeon, il mentionne l’effet contre le vieillissement, mais ajoute à la liste déjà longue de ses effets supposés, la protection contre le mauvais air et il renvoie aux médecins pour connaître tous ses usages.

Prospectus de Daumont (1684)

Prospectus de Daumont (1684).

Enfin citons le prospectus de Sébastien Matte La Faveur (1629-1714) en trois feuillets qui met en avant les mêmes éléments que celle de Daumont, y compris l’effet d’eau de jeunesse. Ceci est logique puisque ce dernier est son concessionnaire parisien.

Publicité de Matte La Faveur

Publicité de Matte La Faveur.

Sébastien Matte est à la base un chimiste ce qui lui vaut plusieurs procès (gagnés par La Faveur) de la part des apothicaires tant parisiens que Montpellierains. Considéré comme un excellent chimiste, il enchaine démonstrations et cours notamment pour les étudiants de médecine pour qui il publie en 1671-1672 une « pratique de chymie divisée en 4 parties« . Ses compétences reconnues le conduisent à devenir démonstrateur aux jardins du roi à Paris jusqu’à au moins 1684. Le cas de Sébastien montre l’importance des procédés de chimie dans l’activité de préparation de produits purifiés de végétaux, base de la médecine spagyrique.

Figure du traité de Matte La Faveur (cliché Martayan Lan)

Figure du traité de Matte La Faveur (cliché Martayan Lan)

La vision du public : apothicaire ou parfumeur ?

L’eau de la Reine de Hongrie, bien qu’étant un remède relève, de fait dans l’esprit des contemporains, des talents du parfumeur. Cette association est logique dans la mesure où, comme vu précédemment, le romarin fait partie des plantes odoriférantes et que l’eau de Hongrie nécessite pour sa préparation de connaissances en chymie de la distillation qui est la spécialité du métier.

On peut par exemple examiner les célèbres « costumes grotesques » du graveur Nicolas de Larmessin (1645?-1725) publiés en 1695. L’apothicaire est bien représenté coiffé d’un chapiteau d’alambic, marquant ses connaissances dans le domaine, mais c’est dans la sorte de présentoir du parfumeur (coiffé, lui, d’un brule parfum) que l’on voit citée l’eau de la Reine de Hongrie, les eaux de senteur et des essences de toutes sortes.

Apothicaire et parfumeur des costumes grotesques (1695)

Apothicaire et parfumeur des costumes grotesques (1695).

Détails du présentoir du parfumeur avec des eaux diverses

Détails du présentoir du parfumeur avec des eaux diverses.

Ce point a pu lui aussi contribuer à la confusion dans l’association de l’eau de Hongrie et parfum chez les auteurs des XIXème et suivant.

Notons que le succès de l’eau de la Reine de Hongrie décline sous l’Empire où elle est supplantée par l’eau de Cologne. On la trouve rebaptisée en « eau de Ninon » (Cadet de Gassicourt, 1815 – cité dans la parfumerie moderne en 1917 – : « on vend depuis quelques années sous le nom d’eau de Ninon, l’Eau de la reine de Hongrie ou esprit de romarin »). Ainsi rebaptisée, ses effets sur le rajeunissement de la peau et des personnes est repris des descriptions de l’eau de Hongrie dans les prospectus publicitaires.

En résumé, l’eau de la Reine de Hongrie, sa fabrication et son commerce, sont donc étroitement liés à la cité de Montpellier.

Positionnée de longue date comme un carrefour avec l’Orient, ce qui a dû aider au transfert de techniques depuis le monde de langue arabe, la ville est réputée pour son implication dans la préparation et le commerce des parfums. Ces derniers sont particulièrement popularisés à la Renaissance par Catherine de Médicis, qui importe avec sa cour l’arte profumatoria italien.

Les compétences en distillation des apothicaires de Montpellier semblent singulièrement se développer au sortir de la Renaissance. La renommée de Montpellier dans le domaine des parfums a pu contribuer à la confusion qui fait que l’eau de Hongrie est associée, par les contemporains, au commerce du parfumeur. Pourtant les documents du XVIIème, qu’ils soient le fait des fabricants Montpelliérains ou de leurs représentants parisiens, présentent bien cette préparation comme un remède aux applications diverses.

Une recette médiévale de 1370 ?

Etudions à présent la crédibilité de l’affirmation qui fait de l’eau de la Reine de Hongrie, une recette de santé médiévale (puisque nous avons vu ci-dessus qu’il ne s’agit aucunement d’un parfum), du XIVème.

Comme présenté par Moyse Charras dans sa pharmacopée en parlant de la distillation du macérat alcoolique de fleurs de romarin :

« C’est à cet Esprit que les Modernes ont donné le nom d’eau de la Reine de Hongrie, à cause des merveilleux effets qu’une Reine de Hongrie en ressentit à l’âge de soixante et douze ans ».

« L’eau de la Reine de Hongrie » est bien établie comme un nom (commercial) de préparation « moderne » créé au XVIIème, nous l’avons vu plus haut. De fait, la question doit être reformulée comme « l’esprit alcoolique de romarin en tant que médicament (en particulier comme élixir de jouvence) est-il une invention du XIVème siècle en relation avec une reine de Hongrie » ?

Origine de la datation de 1370

Un point central à éclaircir est l’origine de cette date de 1370 que l’on voit quasi systématiquement évoquée à son propos, sans jamais la justifier.

Le texte des « Nouveaux secrets rares et curieux… » ne mentionne pour sa part que 2 dates : le 12 Octobre 1652 où « s’est trouvé escrit la presente Recepte dans un breviaire » et le 29 septembre 1654, date à laquelle l’auteur a « receu de Monsieur le Chevalier de Broc Cinqmars cette recepte » (NB : ce procédé de « don de recette » n’est pas un fait isolé. On peut citer dans le même esprit le don en 1605 de la recette d’une eau de longue vie aux Chartreux parisiens de Vauvert par le duc François Hannibal d’Estrée (v1572-1670). Elle sera à l’origine en 1765 d’un alcoolat médicinal nommé « élixir végétal de la Grande Chartreuse », ancêtre des liqueurs actuelles).

La date de 1370 vient d’ailleurs : c’est initialement le fruit d’une recherche menée par Johann Beckman (1739-1811) qu’il expose dans son histoire des inventions » parue à Leipzig en 1788. Dans le tome 2 de cette publication, des pages 446 à 454, l’auteur cherche à établir l’origine de ladite eau et en premier lieu l’identité de la reine de Hongrie mentionnée dans la recette. Rappelant que la production de cette eau au XVIIIème est essentiellement dans le sud de la France (« Beaucaire, Montpellier et d’autres lieux du Languedoc ») l’auteur pose néanmoins comme hypothèse que la recette est d’origine hongroise :

« Le nom « l’eau de la reine de Hongrie » semble déjà indiquer que cette eau, devenue célèbre pour ses vertus médicinales, est une invention hongroise. On lit aussi dans de nombreux ouvrages que la recette en fut donnée à une reine de Hongrie par un ermite, ou, selon d’autres, par un ange qui lui apparut dans un jardin clos, sous la forme d’un ermite ou d’un jeune garçon. Certains nomment cette reine la sainte Isabelle, mais ceux qui prétendent connaître l’histoire avec le plus de précision assurent qu’il s’agissait d’Élisabeth, épouse du roi de Hongrie Charles Robert et fille du roi de Pologne Ladislas II, laquelle mourut en 1380 ou 1381, et serait l’inventrice de cette eau. On rapporte qu’en se lavant fréquemment avec cet esprit de vin au romarin, elle, dans sa soixante-dixième année, elle fut guérie d’une paralysie complète et de la goutte, si bien qu’elle ne vécut pas seulement au-delà de 80 ans, mais redevint encore si vive et si belle, qu’à son grand âge, en tant que veuve, elle fut demandée en mariage par le roi de Pologne comme seconde épouse ».

Notons par rapport au texte des « Nouveaux  secrets rares et curieux… » qu’il n’est plus fait mention d’une reine « IZabelle » mais bien d’une reine « Elisabeth ». Un élément pour confirmer la nature artificielle de la « coloration italienne » du texte de 1660.

Première page du texte de Beckmann (1788)

Première page du texte de Beckmann (1788).

L’auteur évoque en premier Johann Georg Hoyer (lequel raconte que la recette, de la main de la reine Elisabeth, serait conservée à la bibliothèque impériale de Vienne) mais Beckam écarte ce témoignage comme erroné, rejoignant l’opinion d’auteurs antérieurs.

Il mentionne ensuite un livre d’un certain Johann Prevost, mort en 1637 (incertitude sur la date de décès – les biographes modernes mentionnent 1585-1631), et publié par ses fils Jean-Baptiste et Théo(dore ?) en 1659 à Franckfort : « Selectiora remedia multiplici usu comprobata, quae inter secreta medica iure recenseas«  (le texte est à présent daté de 1658 comme publié à Padoue chez l’éditeur Matthæi Cadorini). Ce médecin botaniste qui a fait sa carrière à Padoue, est considéré par Beckam comme ayant « une certaine propension à la crédulité et à la superstition ».

Johann Prevost et les « nouveaux secrets… »

Dans le texte de l’ouvrage sus-cité, Prevost donne une recette contre la goutte et la chiragre (douleur goutteuse des mains) qui correspond à celle de l’eau de Hongrie. Le texte (ci-dessous) donne en fait un spectre plus large. Il dit l’avoir trouvé dans un bréviaire en 1606, détenu par un gentilhomme issu d’une famille Chypriote nommé Franz Podacathar. D’après Prevost, sa famille aurait reçu ledit bréviaire des mains de Sainte Élisabeth (1207-1231), fille du roi André II (1177-1235, roi en 1205). Le texte rapporté par Prevost est comme suit (traduit du latin) :

« Moi Elisabeth reine des Hongrois, âgée de 72 ans, très affaiblie et atteinte de la goutte, j’ai fait usage pendant une année entière de cette recette, que me donna un vieil ermite, que je n’ai jamais rencontré, ni avant, ni après, & j’ai guéri rapidement, & mes forces me revinrent, si bien que j’apparus à tous d’une beauté extraordinaire, au point que le roi de Pologne me demanda en mariage, alors que nous étions tous deux veufs. Je refusai cependant, par amour pour mon Seigneur Jésus-Christ, de qui je crois avoir reçu cette médecine par l’intermédiaire d’un ange. La recette est ainsi.

Trois parts d’eau-de-vie quadruplement distillée. Deux parts de sommités et de fleurs de romarin. Mettre ensemble dans un vase bien fermé, placer dans un endroit chaud pendant 50 heures, puis distiller avec un alambic, & le matin, avec de la nourriture ou une boisson, prenez 1 drachme une fois par semaine, & tous les matins s’en laver le visage et les membres malades.

Cela renouvelle les forces, aiguise l’esprit, purifie la moelle et les nerfs, redonne et préserve la vue et prolonge la vie. Ainsi est dit dans le bréviaire. »

Notons la grande similitude entre le texte des « Nouveaux secrets rares et curieux… » et de celui de Prevost sur la préparation et l’utilisation du remède (seule manque la notion de prolongation de la vie dans le texte de 1660). On est pratiquement dans de la recopie mot à mot, nous dirions aujourd’hui du plagiat :

« De l’eau de vie distillée quatre fois, la quantité de trente onces & vingt onces d’escence de fleur de romarin, que l’on mettra tout ensemble dans un vase bien bouché l’espace de cinquante heures, & puis mettez le tout dans l’alambic pour faire distiller au bain Marie. L’on en prendra une fois la sepmaine le poids d’une dragme, dans le boire ou dans le manger : Il s’en faut laver la face tous les matins & cela emportera le mal des membres infirmes. Ce remede renouvelle les mouelles, fortifie les esprits vifs en leur naturelle operation, restituë la veuë [= la vue] et la conserve. »

La recette et ses applications sont quasi identiques et, de même, la légende de la reine de Hongrie montre juste quelques différences d’un texte à l’autre. Le texte de Prevost est cité plus haut. La version de 1660 donne :

« Moy Donna IZabelle Reyne de Hongrie estant âgée de soixante & douze ans fort infirme et gouteuse un an entier de la suivante recepte, laquelle j’obtins d’un Hermitte que je n’ay jamais veu ny pû voir, depuis elle me fist tant de bien, & de fait qu’en mesme temps je fus guerie & recouvray mes forces en sorte qu’elles paroissent seines à un chacun, le Roy de Pologne me voulut espouser, ce que je refusé pour l’amour de Jesus-Christ & de l’Ange duquel je croy que j’obtins ladite recepte ».

Dans les deux cas on présente la recette comme un texte recopié prétendument d’un bréviaire d’une reine de Hongrie de 72 ans. Goutteuse et infirme, elle reçoit le texte d’un hermite inconnu qu’elle ne revoit jamais et dont elle pense qu’il est un ange ou qu’il a été envoyé par un ange. Un an d’utilisation de la recette la rajeunit aux yeux de tous et le roi de Pologne la demande en mariage, ce que la reine refuse pour des raisons mal explicitées (pour l’amour de Jésus Christ et/ou de l’ange qui a envoyé la recette). Hormis le côté italien de la version de 1660, les textes ne différent que par le fait que la reine de Hongrie et le roi de Pologne sont veufs dans la version de Prevost. Le même texte identifie l’hermite comme un ange envoyé par Jésus-Christ qui a envoyé la recette tandis que le texte de 1660 est plus vague.

Là encore, le texte de 1660 apparait repris de Prevost avec quelques aménagements.

Merveilleux et thématiques alchimiques

L'ange porteur de savoir du Rosarium perarnaldi

L’ange porteur de savoir du Rosarium perarnaldi (repris de Guerrero, 2013).

Le récit lui-même est ancré dans le merveilleux. Il mélange thèmes religieux et figures de contes : intervention divine (Jésus Christ et l’ange – une reprise du thème classique de l’Ange porteur de savoir), figures de prestige (roi et reine), sage mystérieux (l’hermite que personne ne connait ni ne rencontre plus mais qui est un distillateur accompli) et formule magique (la recette de l’eau de jouvence). L’ensemble, peu vraisemblable, motive sans doute la remarque de Beckman sur la tendance à la crédulité et à la superstition de Prevost.

On peut aussi faire le rapprochement avec des thématiques alchimiques teintées d’hermétisme très en vogue au XVI-XVIIème. Citons par exemple l’Atalanta fugiens publié en 1617 par Michael Maier (1568–1622), médecin alchimiste et érudit, qui utilise des figures de rois, reines, fontaines, remèdes… pour exprimer sous forme allégorique une quête de médecine universelle et de régénération.

Guérison du roi malade (Atlanta fugiens)

Guérison du roi malade (Atlanta fugiens).

Un point qui mérite d’être mentionné est la surprenante remarque de Prevost, reprise par Beckmann, qui dit « quant à moi, je n’ai pas l’expérience suffisante pour confirmer cette recette ». Venant d’un médecin connaissant bien les plantes, en poste à Padoue où il ne manquait pas d’adeptes de la médecine « chymique », il est curieux qu’il ne se soit pas intéressé plus avant des effets supposés de cette recette.

Identification de la Reine de Hongrie 

Pour revenir à la reine de Hongrie, en supposant que le texte soit bien tiré d’un bréviaire qui lui aurait appartenu, Beckman recherche une personne ayant porté le titre de reine, en Hongrie, ayant vécu au moins 72 ans et ayant été en mesure d’épouser un roi de Pologne nettement plus jeune qu’elle alors qu’elle même avait 72 ans. Roi et reine, d’après Prevost, devaient être veuf/veuve au moment de la demande en mariage.

Beckman écarte immédiatement la proposition de Prevost. Sainte Elisabeth est morte en 1231 (1235 d’après les recherches de Beckman) à 24 ans et surtout elle n’a jamais été reine de Hongrie mais a été mariée au landgraf Louis IV de Thuringe.

Mort de Sainte Elisabeth de Hongrie

Mort de Sainte Elisabeth de Hongrie (grandes chroniques de Charles V – BNF ms fr 2813).

Il évoque ensuite Elisabeth de Pologne (1305-1380), épouse (en 1320) de Charles Robert (ou Charles Ier) de Hongrie (1288-1342, roi en 1308). Sur cette dernière, il note qu’effectivement son testament mentionne deux bréviaires donnés à des proches (sa belle-fille et Clara de Pukutz) mais devant revenir à un couvent après la mort des deux légataires.

Beckman calcule que les 72 ans d’Elisabeth doivent se situer en 1370 (en réalité 1377) mais trouve qu’à cette date c’est Casimir III « le Grand » (1310-1370) qui est roi de Pologne. Elisabeth de Pologne est bien veuve depuis 1342 et le roi Casimir a déjà été veuf 3 fois. Pourtant Beckman conclue que la demande en mariage évoquée dans le texte de la légende n’est pas possible, puisque Casimir est le frère d’Elisabeth de Pologne. Ajoutons qu’en 1370, et depuis 1365, il est déjà marié à Edvige de Sagan (av.1350-1390). Beckman mentionne alors le successeur de Casimir III, mais là non plus le mariage n’est pas possible car Louis Ier de Hongrie (1326-1382, roi de Hongrie en 1342, roi de Pologne en 1370) est le propre fils d’Elisabeth… et il est déjà marié en 1370 (et en 1377).

Du coup Beckman note qu’il ne peut pas trouver de reine de Hongrie correspondant à l’histoire racontée en introduction de la recette de Prevost (une recherche avec nos moyens modernes aboutit à la même conclusion). Il n’écarte cependant pas la possibilité que cette fable soit l’œuvre d’une Elisabeth devenue sénile. Au demeurant une reine sénile capable de connaître et de retranscrire exactement la recette d’un médicament contre le vieillissement parait franchement improbable.

Popularisation de la datation impossible de 1370

Mais puisque Beckman a démontré que l’estimation de 1370 n’est pas crédible, pourquoi cette date continue-t-elle à polluer les discours sur l’eau de Hongrie ? Elle semble avoir été simplement adoptée et répétée par des auteurs modernes n’ayant retenu que la date de 1370 et pas l’impossibilité qu’elle soit exacte. On a en particulier le parfumeur Eugène Rimmel (1821-1887) qui, dans son « livre des parfums » paru en Français en 1870, commet deux erreurs : poser la date de 1370 comme établie bien qu’il se réfère à Beckman, et présenter l’eau de la Reine de Hongrie comme un parfum, plus précisément « le premier parfum alcoolique dont il soit fait mention ».

Ces erreurs ont la vie dure puisqu’on les entend encore répétées un siècle et demi plus tard !

Livre des parfums d'E. Rimmel (1870)

Livre des parfums d’E. Rimmel (1870).

Donc en résumé, nous avons une date de 1370 qui est une hypothèse du XVIIIème siècle, démontrée comme erronée mais quand même reprise par des auteurs XIXème. Ces mêmes auteurs, dont E. Rimmel, lui ont associée une définition tout aussi erronée de l’eau de Hongrie comme le premier parfum alcoolique de l’histoire Occidentale. L’information que l’on trouve aussi souvent, suivant laquelle ce parfum aurait été « offert au roi Charles », sous-entendu Charles V « le Sage » de France (1338-1380, roi en 1364), est une autre extrapolation hasardeuse mais commode, car cohérente avec la date de 1370. C’est sans doute une déformation moderne de Charles Ier de Hongrie (le mari d’Elisabeth de Pologne). La légende de la Reine de Hongrie, en elle-même, est vraisemblablement à l’origine (i.e. le texte de Prevost) uniquement un artifice destiné à légitimer une recette plus ou moins récente, en la faisant passer pour ancienne. Le procédé est classique et se répète fréquemment pendant et depuis l’Antiquité.

Sur ce point, laissons le mot de la fin à Beckman qui expose :

« Il me paraît encore pour l’instant le plus vraisemblable que le nom « l’eau de la reine de Hongrie » provienne de ceux qui, dans les temps modernes, aient fabriqué de l’esprit-de-vin de romarin pour la vente, afin de donner à leur marchandise crédit et réputation, tout comme, il y a quelques années, on a vu dans tous les journaux vanter des remèdes de la Pompadour, qu’elle n’avait assurément jamais vus, et encore moins utilisés ».

A suivre dans la seconde partie…

Ce résumé conclue la première partie de ce blog sur l’eau de la Reine de Hongrie. Nous avons vu qu’il s’agit d’une appellation commerciale, nullement médiévale pour un remède (et non un parfum) avec notamment une date de 1370 qui est une extrapolation erronnée du texte d’origine.

Retrouvez nous bientôt dans la seconde partie de ce texte où nous examinerons l’hypothèse d’une implication d’Arnaud de Villeneuve et de Saint Albert le Grand dans l’invention de cette médication. Nous y ferons également un point sur l’alchimie médicale médiévale et sur l’évolution de la médecine chymique à partir de la Renaissance.

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